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Source : https://www.terreaciel.net/Billet-de-Christophe-Stolowicki-novembre-2021#.YtRwAcHP2Lo

Ruralités. Ou, d’Une Saison en Enfer la réalité rugueuse à étreindre/ Paysanne ! Mais en salut, non en Adieu. Un premier recueil, d’une poète née en 1993 en Aveyron. De poèmes pleine terre, la taiseuse sur des générations, à pleines mains glaiseuses encore, d’un soc en boustrophédon traçant, retournant le sillon, écumant le sillage. Oui, paysanne.

Mais dès les premiers poèmes on comprend que le titre est trompeur. D’Oc plutôt que de soc, d’Occitanie vient ce jeune livre aux sons en terre qui dansent d’anse. La densité viendra.

Une pratique de la scène accélère le débit d’une descendante des troubadours. « Je bande mon arc de paysanne / Je terrasse le soleil qui pensait se lever tranquille ». De bauge en « souillarde » à l’espace pleine page de la poésie contemporaine, dans tout cet espace-temps conçu à qui il a fallu un siècle pour devenir espace-temps vécu (« léguer […] des heures géographiques »), oscillant de larges refrains jusqu’à des martèlements piquetés, se déploie une difficile, écartelée tessiture.

Entre passé et présent, dans « le no man’s land de l’identité ». Aveu : « au cadastre la mémoire est vive // Mais sur la langue, dans le palais / pas d’oc ». « Mauvaises prépositions la langue plus la / mienne déjà / Oc ». Il en reste « Un accent fabulé qui n’arrive plus à fabuler avec les / hommes ».

Mais son patois qui se perd (« bartas », « lietch », « miliadou », « macarel », « tombe[r] » quelque chose, « ça [m’]espante ») est la pâte vivante de sa poésie. Ou « clapas », long tas de pierres érigé après défonçage et épierrement d’une terre en vue d’en faire un champ (Wikipedia), enfin un mot d’oc resté vivant. Patois cette langue, en ses villanelles ancêtre de notre poésie ? Pas toi ni moi.

Une poésie terrienne, territoriale, dont « les sous-bois sont morcelés », dont « l’automne / est autant dehors que dedans », une poésie où cadastrer fait lever « des cognassiers domestiques » au jeu des quatre coings, celui où tout est dangereusement « quadrillé ». Les mots qui vont surgir, « des barbelés les enclavent ». Hortense Raynal petite-fille de René Char.

Le fabliau tient lieu de villanelle, l’étable, la « souillarde » de seigneurie. Une poésie plus forte quand elle bas fouille.

Une forte solitude, seule ou à deux. « Je vis dans la forêt dans l’hiver de mon corps / Je vis dans la montagne dans l’été de mon corps », sur le haut plateau d’Aubrac. Émotion des retrouvailles d’une maison vide de mère (« la dernière polaire posée sur la chaise, comme su tu. / allais revenir demain », « la chance que c’était de t / ‘avoir comme deuxième mère ») – confidence essentielle à la compréhension de l’ancrage rupture lâchée en passant.

L’émotion terrienne parfois si forte qu’elle envoie paître les ne explétifs quand les nœuds restent en gorge.

​Les Carnets du Dessert de Lune, 112 p., 15 €, 2021